Cutman d'un champion du monde
- Christos Tsalkitzis
- 31 juil.
- 6 min de lecture
Dans les coulisses du titre de champion du monde WBC de Ryad Merhy : Mon histoire de Cutman – Christos Tsalkitzis
Quand on se consacre au soin et à la protection des combattants, il y a des moments qui dépassent le simple cadre professionnel pour devenir des souvenirs gravés à vie. Travailler dans le coin d’un boxeur pour un titre mondial est le sommet auquel chaque Cutman aspire.
Aujourd'hui, je vous emmène dans les coulisses de ce sacre WBC : des semaines d’apprentissage invisible jusqu’à l’émotion de la ceinture.
Le début de l’aventure
Mon aventure dans le monde de la boxe professionnelle a commencé dans les coins d'Antoine Vanackère. Très vite, j'ai voulu être de plus en plus utile et je me suis intéressé à l'art du cutman. C’est rapidement devenu une véritable passion. Pour offrir la meilleure protection anatomique possible aux mains des athlètes, je me suis formé sans relâche et j'ai saisi toutes les opportunités de me perfectionner même à l'international — notamment lors de stages d'immersion aux États-Unis, à Springfield, auprès d'Hector Bermudez, l'un des entraîneurs et cutmen les plus respectés du circuit mondial.

Le véritable tournant s’est opéré alors que j'accompagnais Antoine lors d'un de ses combats. Sur place, Sam (Samuel De Cubber), l'entraîneur emblématique du Marseille Boxing Club (MBC), me propose de réaliser les bandages de Ryad Merhy pour son combat pour la ceinture WBC Africa heavyweight title. J'avais déjà quelques combats pro derrière moi, mais c'était la première fois que je faisais des bandages pour un championnat officiel. La pression était bien réelle, parce qu'on ne parle pas d'un petit championnat et puis on ne parle pas de n’importe quel boxeur !

Ryad décroche une victoire écrasante. De mon côté, je suis super heureux d'avoir pu préparer ses mains — ce travail me passionne vraiment.

Quelques mois plus tard, le combat Merhy vs Lerena est programmé : l'occasion pour Ryad de prendre sa revanche, trois ans après sa défaite aux points contre le champion du monde en titre originaire d'Afrique du sud. C'est là que Sam me sollicite à nouveau pour refaire les bandages de Ryad. J'en suis ravi !

La préparation
On ne pose pas un bandage pour un championnat du monde au hasard le soir du combat. La confiance d’un boxeur se gagne, aussi, dans la répétition.

Pendant plusieurs semaines avant l'échéance, je me suis rendu plusieurs fois par semaine aux sparrings de Ryad.
L'objectif ? Apprendre à connaître ses mains, répondre à ses exigences, analyser ses sensations, ajuster l'épaisseur des bandes, des renforts et trouver la tension exacte pour ses poignets.

Cette routine a permis de concevoir le bandage parfait pour lui : celui qui offre une protection maximale contre l'impact sans jamais gêner la fermeture du poing ni sa mobilité afin que le jour J, il n'y ait plus de place pour l'hésitation.

Le jour J
Le jour J, Ryad arrive dans le vestiaire quelques heures avant l'échéance. Loin de la tension que l'on pourrait imaginer pour un tel événement, il débarque confiant, un grand sourire aux lèvres, totalement relax. Cette sérénité est contagieuse et me met immédiatement à l'aise.
La WBC a fixé une heure précise pour la confection des bandages. Dans un combat professionnel classique, un juge et un membre de l'équipe adverse viennent simplement contrôler le bandage terminé. Lors d'un championnat officiel WBC, c'est une tout autre démarche : le protocole exige une vérification de A à Z.
À l'exception des photographes et caméras, nous nous retrouvons à quatre dans l'intimité du vestiaire : Ryad, le juge officiel WBC, le représentant du camp adverse et moi-même. L'examen de sécurité est minutieux :
Le juge WBC palpe la gaze, vérifie la conformité du tape et observe l’intégralité de la pose afin de valider que le bandage finit respecte les règles établies par la fédération. Il vérifie également que le tape protège bien le boxeur.
Le membre de l'équipe adverse contrôle scrupuleusement qu'aucune malfaçon ne puisse blesser son propre boxeur.

Cutman Christos Tsalkitzis wrapping Ryad Merhy's hands before WBC world championship
Pour aborder ce moment, je reproduis la routine établie durant nos semaines de préparation : au départ, Ryad et moi avons de petits échanges légers. Puis, au fil des minutes, l'échange technique et précis entre le Cutman et son boxeur se met en place :
« La tension est bonne ? » — « Pas trop serré au pouce ? » — « On va juste légèrement desserrer là. » — « Comme ça, c'est parfait. »
À mesure que les bandes recouvrent ses mains, Ryad se concentre, s'immerge dans le tape et se projette déjà dans son combat. Enfin, le juge appose sa signature sur le bandage. À cet instant précis, c'est officiel : le travail du vestiaire est accompli.

Le combat pour le titre mondial
Pour la montée sur le ring, l'équipe au coin est au complet : Sam, le coach ; Aurélien, le meilleur ami de Ryad ; Patrick, son tout premier entraîneur ; Alain Vanackère, son manager (12 Rounds Promotion), et moi-même.
À cet instant, le contraste est saisissant. Le sourire et la légèreté du début de soirée de Ryad s'effacent pour laisser place à un calme impénétrable. Le regard de Ryad s'est métamorphosé en une lame d'acier, fixé vers l'horizon. Ce n'est plus le même homme : le visage détendu a laissé place aux traits d'un prédateur entrant dans l'arène, concentré à 100 % sur sa cible.

Nous avançons vers le ring porté par un choc d'énergie pure. Une fois à l’intérieur, la fierté m’envahit derrière le drapeau de mon pays que j’aime tant et chantant mon hymne national.

Dès le premier coup de gong, Ryad prend la mesure de l'événement. Il impose son rythme, prend rapidement le dessus et domine les débats de main de maître. Le travail paie : Ryad est sacré Champion du Monde WBC des bridgerweight ! Une explosion de joie vient sceller cette soirée magique.

Une aventure humaine
Au-delà de la victoire sportive, c'est la chaleur humaine de cette équipe qui m'a marqué à jamais.
Quelques semaines après le sacre, Alain Vanackère me remet un magnifique souvenir : une médaille WBC que j’affiche fièrement dans mon cabinet. De son côté, Ryad me fait un cadeau inestimable : la casquette "WBC Champion's Team". Un symbole très fort pour moi qui rêvais, un jour, de faire partie d'une telle équipe.

Cette reconnaissance a culminé lors de la cérémonie officielle où Ryad a reçu la médaille d'honneur de la ville de Charleroi

Cette expérience n'était pas une destination, mais un point de départ. J'ai promis à Ryad de continuer à m'entraîner sans relâche, de perfectionner encore et encore l'art du cutman, et d'être présent à ses côtés dès qu'il aura besoin de mes services.
Ce titre mondial m'a donné une faim de loup. Être officiellement Cutman d'un Champion du Monde WBC le jour du sacre est un honneur immense et une fierté gravée à jamais. Mais mon objectif est clair : je veux vivre cet accompagnement vers le sacre mondial dans toutes les autres grandes fédérations : la WBA, la WBO et l'IBF.
Let’s be CUTMAN UNDISPUTED !
À propos de l'auteur :
Christos Tsalkitzis est Cutman d’un Champion du Monde WBC et ostéopathe D.O. Spécialisé dans la protection des mains des boxeurs (bandages pro) et le soin du combattant au coin du ring, il accompagne les athlètes professionnels, clubs et promoteurs sur les grands événements de sports de combat.

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