Cutman d'un champion du monde
Dernière mise à jour : 24 août
Dans les coulisses du titre de champion du monde WBC de Ryad Merhy : Mon histoire de Cutman – Christos Tsalkitzis
Le 30 mai 2026, Ryad Merhy entre sur le ring pour disputer le titre mondial WBC Bridgerweight. Quelques heures plus tôt, dans l'intimité du vestiaire, je réalise ses bandages sous le contrôle du juge WBC et du camp adverse. Ensuite, je prends place dans son coin pour vivre avec lui les rounds d'un combat qui va le sacrer champion du monde.
Voici l'histoire de mon aventure aux côtés de Ryad Merhy, de mes premières expériences comme cutman jusqu'à cette soirée que je n'oublierai jamais..
Le début de l’aventure
Mon aventure dans le monde de la boxe professionnelle a commencé dans les coins d'Antoine Vanackère. Très vite, j'ai voulu être de plus en plus utile et je me suis intéressé à l'art du cutman. C’est rapidement devenu une véritable passion. Pour offrir la meilleure protection anatomique possible aux mains des athlètes, je me suis formé sans relâche et j'ai saisi toutes les opportunités de me perfectionner même à l'international — notamment lors de stages d'immersion aux États-Unis, à Springfield, auprès d'Hector Bermudez, l'un des entraîneurs et cutmen les plus respectés du circuit mondial.

Le véritable tournant s’est opéré alors que j'accompagnais Antoine lors d'un de ses combats. Sur place, Sam (Samuel De Cubber), l'entraîneur emblématique du Marseille Boxing Club (MBC), me propose de réaliser les bandages de Ryad Merhy pour son combat pour la ceinture WBC Africa heavyweight title. J'avais déjà quelques combats pro derrière moi, mais c'était la première fois que je faisais des bandages pour un championnat officiel. La pression était bien réelle, parce qu'on ne parle pas d'un petit championnat et puis on ne parle pas de n’importe quel boxeur !

Ryad décroche une victoire écrasante. De mon côté, je suis super heureux d'avoir pu préparer ses mains — ce travail me passionne vraiment.

Cette première expérience avec Ryad marque le début d'une collaboration qui va rapidement prendre une autre dimension.
Quelques mois plus tard, Sam me sollicite à nouveau pour accompagner Ryad dans son combat contre Kevin Lerena, avec cette fois un objectif encore plus important : le titre mondial WBC. J'en suis honoré et ravi !

La préparation
On ne pose pas un bandage pour un championnat du monde au hasard le soir du combat. La confiance d’un boxeur se gagne, aussi, dans la répétition.

Pendant plusieurs semaines avant l'échéance, je me suis rendu plusieurs fois par semaine aux sparrings de Ryad.
L'objectif ? Apprendre à connaître ses mains, répondre à ses exigences, analyser ses sensations, ajuster l'épaisseur des bandes, des renforts et trouver la tension exacte pour ses poignets.
Un bandage professionnel ne consiste pas simplement à maintenir les bandes autour de la main. Il doit protéger les zones exposées aux impacts, stabiliser les articulations tout en conservant la liberté de mouvement nécessaire à la fermeture du poing.
Une tension excessive peut devenir inconfortable et gêner le boxeur ; à l'inverse, un manque de maintien peut compromettre la protection recherchée. Tout l'enjeu consiste donc à trouver l'équilibre entre protection, confort et efficacité.
C'est précisément pour cela que les essais réalisés pendant les semaines précédant le combat sont essentiels.

Cette routine a permis de concevoir le bandage parfait pour lui : celui qui offre une protection maximale contre l'impact sans jamais gêner la fermeture du poing ni sa mobilité afin que le jour J, il n'y ait plus de place pour l'hésitation.

Le jour J
Le jour J, Ryad arrive dans le vestiaire quelques heures avant l'échéance. Loin de la tension que l'on pourrait imaginer pour un tel événement, il débarque confiant, un grand sourire aux lèvres, totalement relax. Cette sérénité est contagieuse et me met immédiatement à l'aise.
La WBC a fixé une heure précise pour la confection des bandages. Dans un combat professionnel classique, un juge et un membre de l'équipe adverse viennent simplement contrôler le bandage terminé. Lors d'un championnat officiel WBC, c'est une tout autre démarche : le protocole exige une vérification de A à Z.
À l'exception des photographes et caméras, nous nous retrouvons à quatre dans l'intimité du vestiaire : Ryad, le juge officiel WBC, le représentant du camp adverse et moi-même. L'examen de sécurité est minutieux :
Le juge WBC palpe la gaze, vérifie la conformité du tape et observe l’intégralité de la pose afin de valider que le bandage finit respecte les règles établies par la fédération. Il vérifie également que le tape protège bien le boxeur.
Le membre de l'équipe adverse contrôle scrupuleusement qu'aucune malfaçon ne puisse blesser son propre boxeur.
Ce contrôle peut sembler très protocolaire vu de l'extérieur. Pour moi, il représente surtout l'aboutissement de plusieurs semaines de travail.

Cutman Christos Tsalkitzis wrapping Ryad Merhy's hands before WBC world championship
Pour aborder ce moment, je reproduis la routine établie durant nos semaines de préparation : au départ, Ryad et moi avons de petits échanges légers. Puis, au fil des minutes, l'échange technique et précis entre le Cutman et son boxeur se met en place :
« La tension est bonne ? » — « Pas trop serré au pouce ? » — « On va juste légèrement desserrer là. » — « Comme ça, c'est parfait. »
À mesure que les bandes recouvrent ses mains, Ryad se concentre, s'immerge dans le tape et se projette déjà dans son combat. Enfin, le juge appose sa signature sur le bandage. À cet instant précis, c'est officiel : le travail du vestiaire est accompli.

Le combat pour le titre mondial
Pour la montée sur le ring, l'équipe au coin est au complet : Sam, le coach ; Aurélien, le meilleur ami de Ryad ; Patrick, son tout premier entraîneur ; Alain Vanackère, son manager (12 Rounds Promotion), et moi-même.
À cet instant, le contraste est saisissant. Le sourire et la légèreté du début de soirée de Ryad s'effacent pour laisser place à un calme impénétrable. Ce n'est plus le même homme. Le sourire a disparu. Son regard s'est fixé et toute son attention est désormais tournée vers le combat.

Nous avançons vers le ring avec une énergie difficile à décrire. La salle est en ébullition et, à cet instant, je prends pleinement conscience de la dimension de ce que nous sommes en train de vivre.
Une fois à l’intérieur du ring, la fierté m’envahit en chantant l'hymne national belge derrière ce beau drapeau que j’aime tant.

Mon rôle ne s'arrêtait pas aux bandages. Une fois le combat commencé, ma place était dans le coin, avec la responsabilité de surveiller les éventuelles coupures, les saignements, les gonflements et l'état général du visage de Ryad entre chaque reprise.
La pause entre les rounds ne dure qu'une minute. Le travail du cutman doit donc se faire dans l'urgence, mais sans précipitation. Pendant que Sam lui donne ses consignes, mon rôle est complémentaire : observer, intervenir lorsque c'est nécessaire, protéger et préserver ce qui peut l'être, tout en restant parfaitement coordonné avec le reste du coin. Chaque geste compte.
Heureusement, Ryad n'a pas été inquiété au cours du combat et n'a subi aucune blessure nécessitant une intervention particulière.

Au fur et à mesure des rounds, Ryad prend la mesure de l'événement. Il impose son rythme, prend rapidement le dessus et domine les débats de main de maître. Le travail paie : Ryad est sacré Champion du Monde WBC des bridgerweight ! Une explosion de joie vient sceller cette soirée magique.

Une aventure humaine
Au-delà du résultat sportif, c'est surtout l'aventure humaine qui restera gravée dans ma mémoire. Quelques semaines après le sacre, Alain Vanackère m'a remis une médaille WBC. Ryad, de son côté, m'a offert la casquette « WBC Champion's Team ». J'affiche, aujourd'hui, fièrement ces deux trophées dans mon cabinet.
Ils représentent beaucoup pour moi : ils symbolisent la confiance qui s'est construite au fil des combats et la place que j'ai eu la chance d'occuper au sein de cette équipe.

Cette reconnaissance a culminé lors de la cérémonie officielle où Ryad a reçu la médaille d'honneur de la ville de Charleroi

Cette soirée restera comme une étape majeure de mon parcours. Mais elle ne représente pas une ligne d'arrivée.
Elle me confirme surtout une chose : je veux continuer à progresser, à me former et à accompagner les combattants au plus haut niveau.
Après le WBC, l'objectif est désormais clair : vivre cette aventure dans les autres grandes fédérations mondiales, en visant la WBA, la WBO et l'IBF.
Un championnat du monde derrière moi. Trois autres horizons devant moi.
Let’s be CUTMAN UNDISPUTED !
À propos de l'auteur :
Christos Tsalkitzis est Cutman d’un Champion du Monde WBC et ostéopathe D.O. Spécialisé dans la protection des mains des boxeurs (bandages pro) et le soin du combattant au coin du ring, il accompagne les athlètes professionnels, clubs et promoteurs sur les grands événements de sports de combat.


Voici un récit très agréable à lire. On imaginait pas cet envers du décor derrière un combat.